TEMOIGNAGES: CES DIRIGEANTES QUI ONT RÉUSSI A BRISER LE PLAFOND DE VERRE

Qu’est-ce qui permet aux femmes de s’imposer dans le monde du

travail ? Comment s’imposer dans ce monde aux codes masculins ?

Qu’est-ce qui construit la légitimité d’une femme dirigeante ?

200 d’entre-elles, venues de 32 pays, se sont réunies les 2 et 3 juillet

dernier à Paris à l’occasion du forum Women in business, organisé

par Jeune Afrique Media Group (JAMG) pour débattre et tenter de

trouver des réponses à ces questions que toutes se posent ou se sont

posé un jour. Jeune Afrique Emploi & Formation est allé à leur

rencontre pour recueillir leurs témoignages et comprendre ce qui

leur a permis de briser le plafond de verre.

Un monde d’hommes

LES FEMMES SONT TOUT AUSSI AMBITIEUSES QUE LES

HOMMES. SEULEMENT, ELLES SONT BEAUCOUP

MOINS CONFIANTES.

Un point commun d’abord. Une ambition sans faille est à la source

du succès de ces femmes africaines devenues dirigeantes. « Il faut se

rappeler d’une chose. Les femmes sont tout aussi ambitieuses que

les hommes. Seulement, elles sont beaucoup moins confiantes.

Quand on demande à une femme cadre si elle parviendra un jour à

briguer un poste de direction, seules 58 % d’entre elles répondent

positivement contre 76 % d’hommes », rappelle Sandra Sancier-

Sultan, seniors partners chez McKinsey et auteure de

l’étude Women matter parue en 2016. Pour certaines, ce manque

d’assurance a été compensé par de la patience : « À chaque fois que

je me positionnais sur un poste de direction, un homme prenait la

place. Jusqu’au jour où j’ai pu prendre celle de l’un d’eux qui n’avait

pas atteint ses objectifs », se rappelle Oluwatoyin Sanni, désormais

présidente-directrice générale de United Capital Plc, une société

d’investissement nigériane.

À 29 ANS, J’ÉTAIS À LA TÊTE D’UNE ÉQUIPE

COMMERCIALE COMPOSÉE UNIQUEMENT D’HOMMES

PLUS ÂGÉS QUE MOI

Parfois, c’est le soutien d’un homme qui rend la confiance possible.

Et pourtant, comme Oluwatoyin Sanni, Anta Babacar Ngom,

directrice du groupe d’agrobusiness Sedima à Dakar se rappelle

« avoir grandi dans un monde d’homme ». À la différence près que

son père – également fondateur de la société Sedima – l’a d’abord

perçu comme son enfant plutôt que comme une fille : « Il a même

investi plus pour moi dans les études que pour mes frères »,

remarque la jeune dirigeante de 34 ans, diplômée de l’université

Paris-Dauphine et titulaire d’un MBA de Sciences Po. Pour d’autres,

il a fallu s’adapter quitte à se construire un personnage : « À 29 ans,

j’étais à la tête d’une équipe commerciale composée uniquement

d’hommes plus âgés que moi, se rappelle une dirigeante du secteur

de l’enseignement supérieur privé. J’ai donc essayé de masculiniser

mon apparence en portant davantage de tailleurs ». Surtout, elle

confie avoir fait appel à du coaching professionnel pour apprendre à

asseoir sa crédibilité.

Militantes

JE ME SUIS DIT QUE SI J’ÉCHOUAIS, CE SERAIT

L’ÉCHEC DE TOUTES LES FEMMES D’AFRIQUE. JE L’AI

DONC AUSSI FAIT POUR OUVRIR DES PORTES AUX

AUTRES GÉNÉRATIONS

Daphne Mashile-Nkosi, semble en revanche ne jamais avoir douté.

En tout cas, elle n’a pas attendu les résultats d’une étude sur la

mixité pour imposer son leadership dans un secteur

particulièrement masculin, celui de l’extraction minière. « J’ai

décidé de travailler dans ce secteur car je voulais défier les

stéréotypes. J’étais tous les jours confrontée à un groupe d’hommes

qui ne m’accordait aucune confiance ». De quoi forger sa résilience

et la transformer en militantisme : « Je me suis dit que si j’échouais,

ce serait l’échec de toutes les femmes d’Afrique. Je l’ai donc aussi

fait pour ouvrir des portes aux autres générations », résume celle

qui, à près de 60 ans est à la tête de l’entreprise sud-africaine

Kalagadi Manganese. Celles qui ont réussi ont conscience qu’il leur

faut désormais incarner un rôle de modèle : « J’ai grandi dans un

environnement où il y avait peu de femmes auxquelles l’on pouvait

se référer. Aujourd’hui j’écris des livres pour pallier cela », conclut

Oluwatoyin Sanni.

Aménagements

Aujourd’hui, ces dirigeantes africaines tentent à leur tour de rendre

la vie des femmes et leur ascension dans le monde professionnel

plus aisée. Chez Sedima, Anta Babacar Ngom est parvenue à

installer une crèche au sein même des locaux de l’entreprise. « Nous

fonctionnons aussi sous forme de coaching, pour apprendre aux

femmes à s’affirmer et leur apprendre à ne pas se sentir coupable de

tomber enceinte et de prendre un congés maternité », explique la

directrice générale. À United Capital Plc, Oluwatoyin Sinna affirme

accepter un aménagement des horaires pour les femmes qui

souhaitent rentrer plus tôt chez elle et donner des congés maternité

plus long que ce qui se pratique au Nigeria.

 

Source:intothechic.com

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