OUMY NDOUR

Très élégante, notre interviewé est un rayon de soleil traversant les couloirs de l’Hôtel Sofitel Ivoire…

Bonsoir Madame, présentez vous à nos lectrices ?

Je m’appelle Oumy Ndour. Je suis journaliste, chef du desk [bureau] culture de la Télévision nationale sénégalaise RTS 1 ?

Bienvenu chez vous ! Nous espérons que toutes vos activités se passent bien ?

Je dis Al Hamdoullilah, cela se passe super bien. J’adore vraiment la Côte d’Ivoire, je suis amoureuse de ce pays.

Vous êtes vraiment très élégante…Félicitations !

Merci

Parce que ce n’est pas évident…Chez vous au Sénégal, ça passe facilement la femme avec le voile à la télévision ?

Oui, complètement ! C’est devenu banal !

Ah bon ?

C’est vrai qu’avec une de mes collègues, nous avons été pionnières en allant à la télé avec le voile. Il faut dire que moi il ya quinze ans quand je suis rentrée à l’école de journalisme, j’étais la première voilée à intégrer   des techniques et sciences de l’information. A l’époque les gens me regardaient un peu bizarrement : « oui la fille voilée qui veut devenir journaliste, en plus elle veut aller à la télé!  Mais bon, finalement, ce n’étais pas si méchant que cela. C’était juste un peu de curiosité de savoir pourquoi une fille voilée voulait devenir journaliste  surtout à la télévision. Mais après les gens sont passés à autre chose, ils ont vu derrière le voile l’étudiante que j’étais, plus que la fille voilée. Au Sénégal ça n’a jamais réellement posé de problèmes de voir de femme voilée  que ce soit à la télé ou dans d’autres secteurs. Par contre le secteur où ça pose encore problème au Sénégal c’est celui de la finance, de la banque.

Etes-vous mariée ?

Oui

Avez-vous des enfants ?

Oui

Arrivez-vous facilement à allier votre vie professionnelle et votre vie familiale ?

Oui, grâce à Dieu, facilement.

Nous voulons toucher  les obstacles à part les commentaires que vous avez rencontré…Vous êtes voilée depuis quand ?

Je dirais que depuis presqu’à ma naissance (rires). J’étais très jeune : cela fait exactement 26 ans. A l’époque, il n’y avait pas beaucoup de voilées, mais la ville dont je suis originaire qui est la ville de Thiès, où se trouve une association appelée la Jamat Ibadou Rahmane. Celle-ci a vulgarisée un peu le voile au Sénégal de tel sorte lorsqu’on porte le voile au Sénégal, l’on vous appelle « ibadou ». Et cette association dont le siège est à Thiès a fait que dans la ville les gens ont démystifié le port du voile. Quand j’ai commence a le porter, c’est vrai qu’il n’yen avait pas beaucoup, les gens me regardaient, se moquaient, mais c’était moins compliqué que quand on allait à l’intérieur.

Nous revenons au milieu de la finance ou porter le voile est difficile…

Je connais qui me disent que je n’ai pas eu le poste à cause du voile. Oui, on vous demande de l’enlever, je ne comprends vraiment pas le lien entre l’efficacité et le voile.

Vraiment…Quels sont les obstacles que vous avez rencontré tout au cours de votre parcours scolaire par rapport à ce voile là?

Peut être que je vais être l’exception qui confirme la règle mais j’en ai pas eu.  C’est peut être due à ma nature : Je suis quelqu’un de très jovial, sociable, je m’adapte facilement. Je «fatigue» les gens. Je refuse qu’on me stigmatise. Je refuse d’être une personne à part. Ce n’est pas parce que je porte le voile que je ne dois pas faire partie de la communauté, de l’environnement dans lequel j’évolue. Du coup, je m’intègre très facilement que ce soit au Sénégal ou ailleurs dans le monde où j’ai vécu je n’ai jamais eu de problèmes.

Quand je raconte ça les gens me regardent : à Montréal par exemple où je travaillais dans un festival de cinéma, cela  n’a pas posé de problème. Bien au contraire : C’est vrai qu’au début à certains ça fait un choc. Une fille voilée, mais bon… une fois qu’on se parle, les barrières tombent. Jai jamais vraiment eu de problèmes à cause du voile, non !

Vous êtes présentatrice du journal n’est-ce-pas ?

Oui mais depuis six mois je suis en demi-année sabbatique : j’avais pris une année mais là mon DG vient de me rappeler.  Je reprenne le travail en octobre. Et là je vais lancer deux nouvelles émissions. Je présente le journal, je présente des émissions spéciales. Jai travaillé sur de grands évènements. Je fais tout à la télé, tout ce qui est dans mes cordes.

Quels sont vos mots d’encouragements aux femmes et jeunes filles d’ici qui ont beaucoup de mal à faire accepter leurs voiles ne serait qu’en milieu scolaire ?

Je ne peux pas vraiment m’inspirer de ce qui se passe parce que les pays sont différents.  Au Sénégal où il ya 95 % de musulmans comparé à la Côte d’ivoire…vous voyez déjà ce que ça fait. Et le Sénégal est très ouvert sur le monde et on s’adapte plus facilement à la nouveauté qu’ailleurs Je ne peux que leur dire courage ! Qu’elles gardent bien les idées en place, qu’elles sachent ce qu’elles veulent parce que quand on veut quelque chose, on se donne les moyens d’y arriver. Quand on veut vivre sa foi et devenir la plus grande banquière d’Abidjan, il va falloir se donner les moyens d’y arriver. Et comment se donner les moyens d’y arriver ? C’est d’exceller dans tout ce qu’on fait. Je pense que ça ma beaucoup aider cette rigueur  dans le travail bien fait, dans les études ca permis au gens de voir ce que je pouvais leur apporter professionnellement au-delà du fait que je porte le voile. Malheureusement quand on est médiocre et qu’on porte le voile, on prête le flanc, les gens peuvent dire « De toutes les façons, elle ne vaut absolument rien ». Malheureusement pour les détracteurs quand la personne qui porte le voile excelle dans ce qu’elle fait, on ne peut que l’accepter. Et c’est ça l’avantage des pays anglo-saxons, Dans ces pays  on ne juge la personne que par rapport à ce qu’elle peut apporter à la société.  Malheureusement, nous nous somme trop focalisés sur la manière de penser des français « Quand quelque chose fait boum en France, nous répétons comme des perroquets ». Donc du coup ça fait beaucoup de mal, cette manière de voir. Dans me monde anglo-saxon que ce soit en Amérique, en Angleterre ou au Canada, vous allez voir des sikhs, des femmes voilées dans une même entreprise: ils sont sans problème, alors qu’en France c’est impensable, c’est hors de question. C’est pour vous dire les difficultés que nous, francophones, avons avec les apparences

On va devoir faire avec pour évoluer dans la vie. Et ca c’est une chose avec laquelle les filles ici doivent composer. Mais comme j’ai dit, il faut surtout exceller dans ce que l’on fait. Je ne dis pas que je suis excellente loin de là… mais je tiens à toujours faire de mon mieux dans tout ce que je fais.

Vous êtes excellente ! Pourquoi votre direction vous rappelle 6 mois avant le terme de votre année sabbatique, dites-moi ? Vous excellente, c’est la réalité !

C’est un peu plus compliqué que cela : Mais bon…

Si l’on pouvait se passer de vous, vous n’auriez pas été rappelé.

En tout cas, j’essaie de faire de mon mieux dans tout ce que je fais.

D’accord

Et c’est aussi très islamique comme valeur : cultiver l’excellence et être utile à votre société. Ce sont des notions très islamiques. Donc du coup, moi, c’est un peu ça mon sacerdoce: d’essayer de faire parti des meilleurs.

Merci beaucoup. Votre dernier mot ?

J’adore vraiment la Côte d’ivoire. Je suis allée à Divo, et j’ai découvert moi qui viens d’un pays sahélien où il ne pleut pratiquement pas, où c’est sec, beaucoup de verdure, ça m’a fait énormément plaisir. Et je pense que je reviendrais très souvent.

Et les gens sont très chaleureux. J’ai reçu un très bel accueil partout où je suis passée. En tout cas, je suis amoureuse de la Côte d’ivoire.

Vous êtes toujours la bienvenue chez vous. Nous vous recevrons la prochaine fois de la meilleure manière…

J’écoute d’ailleurs la radio al Bayane beaucoup sur internet

La radio musulmane ivoirienne mais aussi mondiale…..

 

As Salam aleïkoum

Wahalékoum Salam

Laisser un commentaire