«  JE FRAPPE MA FEMME POUR ÉVEILLER SA CONSCIENCE… « 

Le tableau des violences conjugales est confirmé par les propres paroles du mari devant les services de police. Un climat toxique qui a conduit l’épouse à songer, un moment, au suicide pour échapper à son tortionnaire.

« Mon client peut être exaspérant parfois… », convient Me Muller. L’avocat de la défense exprime tout haut ce qui transpire de l’audience. Durant plus d’une heure, l’accusé de 37 ans, renvoyé devant le tribunal pour y répondre de violences conjugales, n’a fait que parler de lui. « Moi, moi, moi… » en se mettant, invariablement la main sur le cœur.

Des propos « choquants à l’égard des femmes »

L’homme est tellement exaspérant que la présidente le reprend de volée. « Vos propos sont choquants à l’égard des femmes. Et ce n’est pas la femme qui vous parle mais le juge. Quand vous dites “ je la frappe pour éveiller sa conscience”, ce n’est pas possible », fustige Audrey Berthault.

« Je demandais juste qu’elle me comprenne », se défend le prévenu. Qu’elle le comprenne, cela signifie, selon sa conception, que madame accepte de travailler (elle faisait des ménages tandis que lui est sans emploi depuis trois ans) et que monsieur aille dilapider l’argent du ménage dans les jeux. Une fois la famille dans la panade, le patriarche faisait régner la terreur. « Mon papa, quand il s’énerve, il frappe directement », a ainsi témoigné l’un des enfants du couple.

Il frappe derrière la tête parce que « ça ne marque pas », dit-il

Me Thomas, l’avocate de l’épouse, évoque un épisode vieux de dix ans au cours duquel le mari avait littéralement explosé la pommette de sa femme, recousue dans la foulée aux urgences. La dame évoque un climat de violence, à raison de trois épisodes par semaine. « Ce ne sont pas des violences avec armes. Je l’ai un peu bousculée », nuance encore le prévenu qui ajoute : « J’ai été maladroit… »

Maladroit comme lorsqu’il lui flanque des coups derrière la tête parce que, dit-il devant les policiers, « ça ne marque pas » ? Maladroit dans ses propos ? « Traiter sa femme de salope devant les enfants, lui dire sale pute ou ferme ta gueule, ce sont des violences. Il y a des violences physiques, psychiques et verbales », détaille la présidente.

Une conception d’un couple « d’un autre temps »

« Nous avons droit à un monologue lunaire », déplore le procureur qui s’adresse au prénommé Adem : « Votre conception du couple est d’un autre temps. » « L’on ne frappe pas sa femme », complète la présidente qui évoque aussi les menaces de mort proférées lors du dernier épisode en date, le 10 décembre.

L’avocate de la partie civile rebondit, confiant que sa cliente a pensé au suicide pour échapper à son tortionnaire d’époux. À l’évocation de ces mots, la dame, très digne, ne parvient à réprimer des larmes. Elle dit ne pas souhaiter que son mari (dont elle veut se séparer) aille en prison, mais simplement qu’il lui fiche la paix.

Le tribunal en a décidé autrement en condamnant le tyran domestique à dix-huit mois de prison dont trois ferme, avec maintien en détention. À sa libération, il lui est interdit d’entrer en contact avec sa victime à qui il devra également verser 1 200 000 F de dommages et intérêts. Le prix de son calvaire.

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