ISLAMOPHOBIE : CHASSE À LA BARBE !

Un enfant qui prononce une phrase malheureuse, des

critères farfelus synonymes d’une prétendue

radicalisation religieuse, des regards, des mots, un

jugement de plus en plus décomplexé sur la foi de cet autre

que l’on n’est pas… ou un citoyen lambda qui a

simplement trop « l’air » musulman.


La proposition qui m’a été faite d’écrire sur ma mésaventure me

permet de réaliser une chose : prendre le temps de vous expliquer

tout cela, à vous, avec des mots, à moi, s’avère bien plus compliqué

que je ne l’imaginais. Mais il semblerait que je le doive parce que

certains pourraient souffrir en silence de faits graves catalogués

davantage depuis peu, d’ordinaires …Lisez l’histoire ubuesque

qui est arrivée à cette famille belge (non musulmane), et

bienvenue en 2015, cette nouvelle ère inquisitrice frisant

la paranoïa.

Je suis agnostique.

J’ai cependant reçu une éducation catholique avec laquelle j’ai dû

me battre trop de fois. Dieu et moi, c’est une histoire compliquée

vous savez … Je ne réfute pas son existence, disons que … C’est

vraiment compliqué. J’ai, tout au long de ma vie, fait preuve d’une

ouverture d’esprit que les autres ont souvent trouvé « étonnante ».

Juifs, musulmans, chrétiens, protestants, bouddhistes, … Je trouve

tous ces gens épatants ! C’est vrai. Malgré notre conflit, je trouve

que la foi a ce mérite de rendre tout homme bon. Par juste

définition, elle sert à cela n’est-ce pas ? Un chemin sacré jonché de

jolies plantes vertes aux doux noms de valeurs et de principes …

De toutes les religions, l’Islam est ma préférée. […] C’est comme

si elle me parlait.

 

 

De toutes les religions, l’Islam est ma préférée. Si je sais pourquoi,

je ne sais par contre pas l’exprimer. C’est comme si elle me parlait.

En tête à tête … elle souffle à mon oreille une douce mélodie et

réveille en moi quelque chose de bon. Quelque chose qu’aucune

autre foi au monde ne me suggère.

C’est la raison pour laquelle, les récents événements à l’incessant

refrain « Je suis Charlie », m’ont touché tout comme vous,

musulmans.

Les amalgames, les slogans volontairement blessants, la connerie

humaine, la mauvaise foi (! ), l’amnésie collective, … Si je vivais

cela via réseau sociaux, je n’allais pas tarder à vivre cela de près. 

Mon mari n’est pas musulman. Mais il porte la barbe.

Mon mari n’est pas musulman. Mais il porte la

barbe. Pourquoi ? Par conviction personnelle. Lui et moi on fait

partie de ces OVNI au monde moderne. Entendez par là que nous

ne partageons pas les mêmes intérêts ni la même vision du couple

que les autres … On se respecte. Profondément. Trop diront

certains, « à l’ancienne » diront d’autres personnes. C’est l’une des

raisons pour laquelle, il ne donne pas de bises au sexe opposé, par

exemple.

Dans le cadre de son travail, tout cela est mal perçu.

Il est dirigeant en entreprise et depuis le 7 Janvier 2015, il est

devenu urgent qu’il se rase la barbe. Une barbe qui a toujours

dérangé, certes, mais davantage depuis ce jour où est née une sorte

de tourbillon de terreur collective absolument infondée. Et débile,

ne ménageons pas nos mots.

Soit il se rasait la barbe, soit on allait mener une

enquête sur lui.

Nous étions en voiture quand il a reçu un coup de fil d’un

collègue … Il y avait comme un bruit de couloir, soit il se rasait

la barbe, soit on allait mener une enquête sur lui. J’ai ri.

Quelle autre réaction, franchement, ce n’est pas risible ? « Bien sûr

que non, tu ne vas pas raser ta barbe, enfin ! » lui ai-je dit.

Voilà qui allait donner le feu vert à un scénario qui a dépassé mon

imagination.

Le lendemain, son patron est venu le voir dans son bureau. Une

collègue, très inquiète (non, ne ris pas encore), a apparemment

signalé à la direction qu’elle avait un soupçon sur une éventuelle

radicalisation. Vous comprenez, il ne va jamais se saouler avec ses

collègues, il ne donne jamais de bises aux femmes, il a de la barbe,

il fréquente beaucoup d’arabes qu’il salue d’un « salam » et qu’il

appelle « frères » … La cerise sur le gâteau étant qu’il se promène

avec un sac aux écritures arabes. Elle en est persuadée, ce sont les

mêmes écritures que sur les drapeaux que brandissent les

terroristes (là, ris, vraiment, lâche-toi). Pour la petite histoire, un

client (étudiant tunisien) avait laissé son sac dans son bureau lors

de la signature d’un contrat et de retour au pays, il a dit à mon

mari de jeter le sac, il ne contenait rien d’important. Ce qu’il n’a

pas fait. Il a un jour utilisé ce sac comme dépanne n’ayant rien sous

la main. Il l’utilise depuis comme sac de sport. Les écritures ? Oh,

« Université de Tunis » en arabe. Rien de bien méchant.

 

Dans la conjoncture actuelle, il se devait donc de raser sa

barbe sous peine d’avoir un contrôle.

Il a donc eu un contrôle qui n’aura duré que 2 petites heures. C’est

que mon cher et tendre n’a rien de radical, vous vous en doutez.

Dans la forme pas de gros bobos, on a fait mine de passer vite à

autre chose. C’est tellement … orbital comme histoire ! Mais dans le

fond, il reste des traces … Il y a certainement depuis cet

événement une sorte de défi. Celui de changer plus que jamais les

mentalités.

Avant cela, je m’y adonnais le temps d’une conversation au hasard.

Depuis, je provoque volontairement le dialogue que j’amène sur

mon terrain ; celui de la tolérance.

Malheureusement, il faut pour être réceptif, posséder une

intelligence que beaucoup n’ont pas. N’ont plus.

Alors je travaille davantage l’éducation de mes enfants.

J’expliquais à ma fille de 4 ans, que pour comprendre l’autre, c’est

un peu comme entrer dans une maison japonaise. Il faut laisser ses

chaussures à l’extérieur et, avec elles, ses idées sur la manière

d’aménager l’intérieur. Sinon on risque d’être comme ces gens qui,

une fois, qu’ils y sont, se demandent pourquoi il n’y a ni chaises ni

tables dans ce qu’ils pensent être la salle à manger. En restant dans

leur logique, ils se mettent automatiquement dans l’incapacité de

comprendre la cohérence et donc la beauté de cette maison.

Il semblerait qu’il faille promouvoir l’heure du thé … « 

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