ENTRE ÊTRE ET PARAITRE: QUELLE FIDÉLITÉ?

La semaine dernière nous avons vu de quelle façon la perception de la femme musulmane était faussée selon les normes occidentales. Zahra Ali pose d’autres questions dans la suite de sa chronique : quelle est la place de la femme musulmane parmi ses coreligionnaires ? Quel est le sens de sa pratique religieuse ? Et enfin comment un retour aux Sources de l’islam peut lui permettre de se libérer de ceux qui veulent s’approprier sa vie, ses facultés de raisonnement et sa spiritualité ?

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La centralité portée sur le vêtement des femmes, sur leur rôle au sein de la famille de même que la quasi mythification de la figure de la mère, visent à insister sur le fait que c’est à travers elles que se joue l’identité musulmane, et le degré d’attachement d’une société ou d’une communauté à l’islam. Selon cette posture, plus les femmes sont voilées et plus leur rôle se restreint au foyer familial, plus une société est éloignée de la « débauche » et plus elle est fidèle à l’islam. Or, force est de constater que cette islamité apparente, c’est-à-dire mesurée à la longueur et à la largeur du vêtement peut n’être rien de plus qu’une islamité de façade. Les réalités des familles sont loin d’être idéales chez les musulmans d’Orient et d’Occident, et le voile peut, dans les réalités, exprimer tout autre chose qu’un acte spirituel. De nombreuses femmes sont sommées de le porter, d’autres le portent par tradition, et trop peu se soucient de l’état du cœur de celles qui le portent. Une fois vêtue d’ « al-libass al-shar’i », les familles sont rassurées quant à la pratique de leurs filles, et à leur attachement à leur identité musulmane. Mais sont-ils nombreux à se soucier, non seulement de la volonté de leurs filles, mais aussi de sa foi et de sa spiritualité ? Malheureusement, trop nombreuses sont les familles qui se soucient plus de la longueur du foulard que de l’assiduité aux prières, et plus largement, dans les sociétés et communautés musulmanes force est de constater qu’il existe une tendance à résumer l’attachement à l’islam au degré de couvrement des femmes.

Il est vrai que l’Occident est touché par une crise de sens profonde et par un recul des valeurs familiales traditionnelles, mais l’individualisme et le matérialisme qui semblent le tirailler ne sont-ils pas des maux qui touchent aussi nos familles  et nos communautés ? La dénonciation de l’importance démesurée portée à l’apparence des femmes dans le monde occidental et de l’instrumentalisation de leurs corps par les industries cosmétiques n’occulte-t-elle pas le fait que superficialité et culte de l’apparence touchent aussi, voire tout autant, les communautés musulmanes à travers le monde ? Ainsi, il apparaît que les discours réduisant toute solution aux problèmes relatifs à la moralité au couvrement des femmes et à l’interdiction de la mixité illustrent deux choses, tout d’abord que les réalités sociales et sociologiques ne sont que peu prises en considération, et qu’il y a nécessité à produire un discours de fond, spirituel, en phase avec les réalités, et autocritique.

Formuler une autocritique du statut des femmes dans les communautés musulmanes, ne revient en aucun cas à asseoir le discours occidental majoritaire dans ses stéréotypes et ses préjugés à l’égard de l’islam, bien au contraire, il s’agit de rester fidèle au Message, en redonnant aux femmes ce qui leur revient de droit, ce que la Révélation leur a pleinement accordé. La fidélité n’est pas le chemin le plus simple, l’intelligence du cœur et de la raison exige de rétablir la justice quant à la question féminine, trop de femmes se trouvent dans le dilemme entre le fait de vivre une liberté qui leur est offerte par l’Occident,  et le fait de se soumettre à des normes restrictives très éloignées de l’essence réelle du Message. Ainsi, il s’agirait d’œuvrer pour l’évolution des pratiques et des conceptions qui en Orient comme en Occident, réduisent les femmes à des objets, les emprisonnent dans leurs rôles d’épouse ou de mère, et font obstacle à leur droit de choisir leur vie, leur destin.

Pour l’avenir : cohérence et sens

   Il est impératif de chercher à construire une pensée, à promouvoir des pratiques fidèles à nos valeurs spirituelles et éthiques, permettant ainsi de retrouver une cohérence entre les principes supérieurs de l’islam, et leurs applications concrètes quant aux statuts et représentations des femmes, mais aussi de déconstruire des discours, des conceptions, des logiques d’actions discriminantes et inégalitaires. Ce double travail est un travail de critique à deux niveaux : un discours critique et des actions en vue de dénoncer et de rappeler que les débats et prises de position actuelles sur « le voile » et le statut des femmes ne sont pas nouveaux, issus d’une histoire, d’un triste héritage colonial, ces débats relèvent d’une logique de domination construite par le temps et l’histoire qui doit être remise en question. Le second niveau est une critique de l’intérieur, une critique des interprétations et visions infantilisantes et oppressantes développées à l’intérieur de la communauté musulmane. C’est une démarche de remise en question, à partir des Sources des lectures, pratiques et représentations que nous considérons inégalitaires, et qui trahissent le Message de la Révélation. Une démarche usant de la raison et de la réflexion pour rester fidèle au Message, et critique par rapport à une histoire écrite sans les femmes, loin de l’idéalisation naïve, dans la volonté de rétablir ce qui leur a été pris : leur capacité et leur légitimité d’être partie prenante de la réflexion autour des Sources et la reconnaissance de leur rôle dans l’Histoire.

Les femmes, en s’appropriant cette question pourraient parvenir à venir à bout des représentations et des pratiques discriminantes et inégalitaires dont elles sont victimes. C’est à elles que l’on impose des normes morales et vestimentaires, ce sont donc elles qui ont la possibilité d’inverser la tendance en axant sur le cœur, le sens et la spiritualité.

ImaneMagazine


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