CHRYS-EVE, CELLE QUI INSPIRE LA JEUNESSE DE LA DIASPORA A INVESTIR EN AFRIQUE

Camerounaise d’origine diplômée d’un bachelor en économie et d’un master en finances, Chrys-Eve Nyetam, 28 ans, a co-fondé en 2012, sous l’escorte de Murielle Yombo – éditrice en chef -, le magazine Inspire Afrika. Une publication bilingue et bimédia dédiée aux entrepreneurs, aspirants repats, désireux de créer un pont entre l’Afrique et l’Europe. Avec ses quelque 13000 lecteurs par numéro physique et tout autant de followers sur Facebook, la publication a su se constituer un public de niche depuis sa création, mais pas des moindres.

Chaque année, elle rassemble sur le terrain cadres (45%), étudiants (15%), et entrepreneurs (15%) âgés entre 25 et 35 ans, à l’occasion des Inspir’Talks Afrika. Après avoir passé au crible le mouvement repat ou encore l’économie du numérique, comme lors de l’édition 2016 au Cameroun – une première en Afrique – le thème de cette année s’articulera autour de la fintech (contraction de « financial technology »). L’idée sera de comprendre comment cette industrie contribue à changer les circuits de paiement classiques en Afrique et d’analyser son impact sur les startups africaines. Et surtout de continuer à créer un élan diasporique dynamique fondé sur la jeunesse.

En tant que Camerounaise d’origine installée à Paris, comment vous est venue l’idée de dédier un support à cette cible bien précise que représentent les repats ?

L’idée du magazine est venue pendant mes études aux États-Unis en 2012. L’image que j’ai eue de la diaspora africaine installée là-bas était totalement différente de celle que j’avais de celle en France. J’ai constaté une vraie structure au sein de la diaspora africaine, et une volonté de se hisser tous ensemble, notamment grâce à des événements sur l’empowerment. Au même moment en France, l’offre éditoriale réservée à la diaspora africaine était très politique et business, ou alors exclusivement mode. A 22 ans, je ne me reconnaissais pas nécessairement dans ces supports-là. Offrir aux gens de mon âge une image de ce que l’Afrique était en train de devenir, voilà ce que j’avais envie de transmettre.

Quel est généralement le profil des repats ?

Fournir des statistiques est très difficile, notamment parce que de nombreux immigrés n’ont pas de papiers, tandis que d’autres ne se déclarent pas auprès de leur ambassade. L’observation ne peut être qu’empirique. Ce que l’on a pu constater, c’est que de plus en plus de personnes rentrent sur le continent. D’après l’étude que l’on a réalisée en partenariat avec le cabinet Avako, un peu moins de 20% des gens décident de revenir après leur expérience. Ce qui signifie qu’environ 80% des repats décident de rester en Afrique. La prise de risque est payante.

Quels sont les secteurs porteurs en Afrique pour les aspirants repats,

lesquels sont majoritairement jeunes ?

Beaucoup d’entre eux se lancent dans la communication (21%), dans la mesure où l’image Afrique est très en vogue, d’autres s’orientent vers la finance (19%). En général – toujours selon notre étude – les futurs repats attendent d’avoir neuf ans d’expérience à l’étranger avant de partir en Afrique. Et 45% d’entre eux connaissent une augmentation de salaire considérable. Le problème reste celui des femmes.

Parfois, certaines femmes gagnent plus que les hommes en Occident, surtout aux États-Unis. Or, la tendance s’inverse une fois en Afrique.

Les nouvelles technologies, dont la fintech, font-elles partie des nouveaux secteurs  plébiscités par les jeunes repats ? En quoi ce secteur peut-il avoir un impact sur l’économie du continent ?

On a une image assez biaisée de la fintech. On pense tout de suite au mobile money. Or, ce n’est pas que cela. Ce modèle de financement permet à des entreprises de générer des fonds et de trouver des investisseurs via les nouvelles technologies, comme les plateformes de crowdfunding par exemple. Mais aussi d’agréger des moyens de paiement, de réguler… tout cela via le high tech. Internet est de plus en plus présent, il y a de plus en plus d’usagers du mobile et de flux financiers, mais tout n’est pas régulé. C’est pourquoi il est important d’en parler pour trouver des modes de structuration et avoir un aperçu des opportunités qu’offre la fintech pour les Africains.

Qu’avez-vous envie de dire à cette jeunesse africaine désireuse de rentrer en Afrique ?

Je suis plutôt désireuse de m’adresser à ceux qui souhaitent contribuer à l’essor de l’Afrique de manière générale. Le retour en Afrique est très personnel. Il faut rentrer pour les bonnes raisons, par conviction, et non pour suivre un mouvement. On n’a pas non plus besoin de rentrer en Afrique pour avoir un impact sur le continent. A la différence de l’Afrique anglophone qui crée déjà du business, le partenariat entre l’Europe et l’Afrique francophone est plus embryonnaire. Il a d’abord fallu construire un environnement, des partenariats. On devrait bientôt tendre vers la création de business, d’abord entre Africains, puis avec l’Europe à travers des deals signés, des investissements forts, et pas seulement via les événements.

Il n’y pas moins d’innovation en Afrique francophone, on est simplement un peu en retard. La raison est culturelle. On regarde toujours ce qu’il se fait en France ou à l’étranger comme étant la référence. Chez les francophones il y a cette idée qu’il faut se faire accepter ailleurs pour ensuite se faire accepter chez soi. Il faut changer de logique et croire en la création locale et à son potentiel. Les ponts qui se créent aujourd’hui entre l’Afrique et l’Europe sont amenés à être gagnants-gagnants. Du moins c’est ce que notre génération espère. Tous ceux qui travaillent à promouvoir la marque Afrique participent à ce mouvement.

Source:intothechic.com

 

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